La Loi de 1836 sur les loteries a vécu !

9 février 2010

C’est une brève de la Revue Fiduciaire (N°3336 du 4 février 2010) qui nous l’apprend : la Cour de Justice européenne, dans un Arrêt du 14 janvier 2010, signe l’arrêt de mort de la vieille loi du 21 mai 1836 prohibant les loteries.

Cette ancêtre de la réglementation du droit de la consommation définit ce qu’on appelle une « loterie prohibée ». Il s’agit d’une opération qui réunit 4 conditions simultanées :

  • Faire naître l’espérance d’un gain,
  • Faire l’objet d’une publicité
  • Faire appel au hasard
  • Entraîner un débours (même modeste et sans rapport avec le gain espéré.)

Pour la petite histoire, rappelons que c’est cette dernière caractéristique qui impose aux entreprises organisatrices de loteries de proposer le remboursement du timbre utilisé pour la réponse (ou du SMS et de ses sur-coûts pour ce qui concerne les jeux radio-télévisés).

La loi de 1836 a compliqué pendant des années le travail des promoteurs (et notamment ceux de la Vente par Correspondance, qui fut grande utilisatrice des loteries gratuites).

Et voilà que d’un trait de plume, la CJCE la raye de l’arsenal juridique français. Incroyable ! Cette position qui fait référence à la directive européenne du 11 mai 2005, vient confirmer les précédentes décisions de la Cour européenne autorisant les ventes liées et les ventes avec primes.

De là, pour une entreprise, de vendre des ticket de loterie, il y a un pas qu’il me paraît prudent de ne pas franchir, ce petit commerce relevant plutôt de la législation sur les jeux de hasard.

Mais manifestement, rien n’interdit désormais d’organiser des loteries réservées aux clients qui passent une commande.

Voilà qui pourrait bien redessiner le paysage promotionnel dans les mois qui viennent… à moins que le législateur français ne trouve une parade ?

Télécharger la directive européenne du 11 mai 2005


Des loteries prohibées au secours de la Sécu ?

20 novembre 2009

L’organisation de loteries est (pour le moment) interdite, ou plus exactement réservée à l’État, via en particulier la Française des jeux et le PMU.

Mais qu’est-ce qu’une loterie, en fait ?

Pour qu’un jeu soit considéré comme une loterie, il faut qu’il réunisse simultanément 4 conditions définies par le législateur en 1836 :

il faut qu’il y ait espérance de gain,
il faut qu’il y ait intervention du hasard,
il faut que votre jeu soit proposé au public,
et il faut enfin que la participation entraîne un débours, même minime, de la part du participant.

Si le jeu que vous organisez réunit ces 4 conditions, il s’agit d’une loterie… et vous tombez sous le coup de la Loi de 1836.

Si une seule de ces conditions manque, votre jeu n’est pas considéré comme une loterie au sens juridique du terme et il est donc a priori licite.

Les vépécistes utilisent depuis des années (depuis près de 30 ans, en fait) ce qu’on appelle généralement des « loteries gratuites » et dont ils ont été les initiateurs. Vous savez :

Vous avez gagné cette voiture

si votre numéro de participation a été désigné gagnant !

Les tribunaux ont toujours exigé que les organisateurs proposent aux participants qui en font la demande de rembourser le prix du timbre-poste utilisé pour la réponse ! C’est dire qu’ils ne plaisantent pas avec cette notion de gratuité.

***

Les chaînes de télévision se sont également engouffrées dans le système, dans des conditions toutefois nettement plus scabreuses !

Pensez par exemple aux jeux bien innocents qui égayent les retransmissions sportives (« En quelle année la France a-t-elle gagnée la coupe du monde de foot-ball : en 1880, en 1998 ou en 2017 ? »). Pour y participer, il suffit d’envoyer la réponse par SMS, lequel vous est facturé au prix normal… majoré de 50 centimes ou plus !

On comprend bien que les participants soient amenés à débourser le prix de SMS de base, à condition qu’il leur soit remboursé sur demande. On comprend nettement moins bien que ce prix soit majoré, même si le remboursement de cette majoration est également proposé. Comme si les vépécistes exigeaient, pour participer à leurs loteries gratuite, d’utiliser un timbre surtaxé à leur profit ! Inimaginable !

Inimaginable pour les vépécistes, mais pas pour les chaînes de télévision qui contournent gentiment la loi sans que personne ne dise rien.

Sans doute est-ce pour cette raison que nos parlementaires ont décidé mercredi soir de se servir au passage : désormais, 9,5% des sommes ainsi captées par les télévisions iront tout droit dans les poches de la Sécurité sociale.

Alors, comme dit Le Figaro économie de ce matin qui rapporte l’ino « Pour réduire le déficit, tapez 1 ».